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Histoire des élections municipales à Valergues de 1983 à 2014

Depuis les municipales de 1983, j’ai constitué des listes à chaque élection soit : 1983, 1989, 1995, 2002, 2008, 2014. Je rends hommage à tous mes colistiers (plusieurs dizaines sur six élections) qui m’ont fait confiance et accompagné lors de toutes ces campagnes. J’ai été élu trois fois dont deux par le système du panachage. J’ai démissionné une fois en 2002 suite aux insultes et menaces proférées à mon encontre par la municipalité de Jean-Louis Bouscarain (qui devait son siège de Maire à Daniel Rieusset). Peut-être, chers amis qui suivez ce blog serez-vous intéressés par cette petite histoire de Valergues sur près de 40 ans. Je vous propose de vous la relater régulièrement.

J’ai débarqué à Valergues avec ma petite famille, en provenance de la région parisienne, en novembre 1980, il y a donc 37 ans. Mes enfants alors tout petits ont été scolarisés à l’école Marcel Pagnol dont le directeur était André Ausset.

Le village comptait un peu plus de 500 habitants et nous étions quelques familles nouvelles arrivées d’autres régions, peut-être 5 ou 6 familles.

La municipalité en place avait été élue en 1977. Le Maire était Maurice Munsch.

Nous avions du mal à nous faire entendre par la municipalité de l’époque et notamment sur les questions touchant à l’école. Une de nos revendications principales était le restaurant scolaire.

Il a été finalement réalisé quelques années plus tard grâce à l’action que nous avons mené sans relâche.

En 1983, je décide donc avec quelques amis de constituer une liste pour les élections municipales. Principalement constituée de nouveaux habitants et nous cherchons à mettre en tête de liste un Valerguois de « souche ».

Des amis nous conseillent de contacter Jean-Louis Bouscarain. Rappelons qu’en 1983 nous étions sous Mitterrand Président de la République élu en 1981. Notre liste était étiquetée à gauche. Jean-Louis Bouscarain, lui ne cachait pas ses sympathies pour les royalistes mais nous disait-il « je suis un royaliste de gauche » et finalement pourquoi pas, puisque Mitterrand à sa façon était aussi un monarque. D’ailleurs c’est le cas de tous les présidents de la 5ème, la constitution de 1958 permet en effet une sorte de monarchie présidentielle.

Après quelques hésitations, je ne voyais pas trop d’un bon œil une tête de liste royaliste, nous finissons par placer Jean-Louis Bouscarain en tête de liste. Quelques-uns de ses amis lui en ont d’ailleurs voulu à tel point qu’il est interpellé en réunion publique de façon très discourtoise par un ami d’enfance et que des inscriptions injurieuses à son encontre seront peintes sur les murs d’enceinte de l’école (je ne peux les retranscrire).

Je comprenais alors que les choses dans ce village n’étaient pas aussi simples qu’on pouvait le penser. Les influences familiales et certains clans ne toléraient pas une quelconque volonté de changement. Certains intérêts prenaient le dessus, je l’ai compris plus tard.

Je devais en faire la déplorable expérience. Un soir quelques semaines avant les élections nous rendons publique par une distribution de tracts dans les boîtes aux lettres notre liste.

Le lendemain matin je retrouvais mon véhicule avec deux pneus crevés à coups de couteaux.

Loin de nous décourager nous avons décuplé d’efforts pour convaincre les valerguois. Malgré le fait que notre liste était composée de 80% d’habitants nouveaux à Valergues celle-ci recueillait en moyenne 45% des suffrages ce qui n’était pas négligeable.

1983 - 1989 Valergues prépare sa mutation

La municipalité conduite par Maurice Munsch va entre 1983 et 1989 préparer une profonde mutation pour notre village. Déjà les quelques agriculteurs, principalement viticulteurs, se préparent à la retraite. Pour beaucoup d'entre eux il n'y a pas la relève et de plus la viticulture traverse une crise profonde et la tendance est à l'arrachage.

L'Europe versant des primes pour arracher vignes et arbres fruitiers la tentation est forte et cela devient une aubaine pour certains. De plus avec l'élaboration du Plan d'occupation des sols qui succède à la carte communale certains vont voir leurs terrains agricoles passer en zone constructible. Les premiers lotissements sortiront de terre.

vignes chateau 2.jpg   La municipalité projette pendant ce mandat une zone d'activité économique "Les Jasses" et une ZAC dite du Château avec près de 130 lots constructibles. C'est le promoteur Malaval qui procédera à l'aménagement de cette ZAC sur le terrain acheté à madame Mas la propriétaire du Château. Une bonne affaire pour ce promoteur qui ne fera pas de cadeaux à la commune en refusant des aménagements publics dont il avait l'obligation.

La création de cette ZAC va permettre dans les années 90 de mettre en place le réseau de tout à l'égout dans le village.

A quelques mois des élections municipales de 1989 le maire, Maurice Munsch, est mis en minorité par son équipe sous un prétexte douteux. Ses colistiers lançaient la campagne des municipales en plaçant en tête de liste le charismatique Jean Rieusset.

1989 bicentenaire de la révolution française et élections municipales

C’est dans le contexte de ce bicentenaire de la révolution française que va se dérouler la campagne des élections municipales de 1989.

La majorité du conseil municipal sortant ayant désavoué le Maire (voir article précédent), la liste qui se présente alors est conduite par Jean Rieusset, personnalité valerguoise très connue et appréciée. De son côté le maire sortant, Maurice Munsch, constituera une liste dans laquelle on retrouvera Jean-Louis Bouscarain.

Pour ma part souhaitant qu’une opposition soit présente au conseil municipal je constitue une liste incomplète (le système du panachage le permettait). Nous plaçons  notre campagne sous le signe de la révolution française et notre logo sera l'arbre de la liberté. Nous n’aurons malheureusement aucun représentant au conseil municipal.

Jean Rieusset emportait l’élection et se retrouvait au conseil municipal avec trois membres de la liste de Maurice Munsch à savoir : Jean-Louis Bouscarain, Yvette Boisset et Alain Brugger. Ces trois conseillers étaient donc considérés comme opposants.

Ce mandat qui commençait allait être particulièrement important puisque c’est dans cette période de 1989 à 1995 que la commune sera confrontée au tracé de la future ligne TGV et aux problèmes que cela a généré pour sa zone économique. C’est aussi dans cette période qu’avec quelques autres valerguois nous décidons de monter une association pour défendre l’environnement du village dans la perspective de la construction de la ligne TGV cette association aura pour nom Valergues Intérêts Environnement (VIE).

La période de 1989 à 1995 a été particulièrement mouvementée nous y reviendrons

1989 - 1995 les années difficiles pour Valergues: tracé TGV et le gouffre financier de la zone économique

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Les membres de l'association VIE implantaient un panneau en bordure de 113 sur un terrain d'un agriculteur valerguois qui nous avait donné l'autorisation partageant lui même notre combat

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Une des manifs que nous organisions entre 1990 et 1995 contre le tracé TGV. Ici nous avions envahi les voies à la gare de Valergues et bloqué la circulation des trains dont un TGV pendant près d'une heure.

Dans l’article précédent j’évoquais la période mouvementée entre 1989 et 1995. Il est difficile de résumer en quelques lignes mais on va tout de même essayer.

En 1990 le tracé de la future ligne TGV est connu, les mairies concernées ont entre les mains les différentes variantes proposées. L’une d’elles, celle qui sera finalement retenue, traverse de part en part la future zone d’activité pour laquelle le Préfet de l’époque avait signé la déclaration d’utilité publique (DUP). Le Préfet signait cette DUP en sachant qu’un des tracés projetés traversait la zone. Autrement dit cette zone risquait fort de ne jamais voir le jour si le tracé était retenu.

Malgré cela la société d’aménagement du département de l’Hérault (SADH) qui dépendait du conseil général lançait des études pour la réalisation de la zone économique, la mairie de Valergues ayant confié le soin de l’aménager à cette société.

La SADH alors en difficultés financières mais déjà renflouée par le conseil général contracte un prêt au Crédit Agricole pour pouvoir poursuivre l’étude de cette zone et demande à la commune de Valergues de garantir ce prêt à hauteur de 80%. Ce qui fut fait par délibération du conseil municipal.

Quelques temps plus tard la SADH dépose le bilan et la commune se trouve dans l’obligation de rembourser le prêt à hauteur des 80%.

Avec quelques valerguois nous créons l’association Valergues Intérêts Environnement (VIE) et dénonçons à plusieurs reprises la mise à mort de la zone économique et la passivité des élus face à cet état de fait.

Par ailleurs VIE militait pour une variante du tracé TGV qui épargne la zone économique, las, malgré de nombreuses pétitions et manifestations nous n’avons pas été entendus, pire nous étions dénigrés et soupçonnés de mener ce combat pour des raisons politiques. Nous étions accusés d’être contre le progrès.

Côté municipalité c’était la fatalité et l’argument principal était « on ne peut rien faire c’est le combat du pot de terre contre le pot de fer ». Finalement le projet de tracé TGV sera mis entre parenthèse pendant plusieurs années pour des questions de financement mais notre zone économique du même coup fut gelée jusqu’aux années 2000. Ce fut un manque à gagner énorme pour la commune sans compter la perte de territoire puisque pour pouvoir rembourser le crédit agricole la commune s'est vue contrainte de vendre un terrain à la SNCF.

C’est dans ce contexte que nous arrivons aux élections municipales de 1995. Trois listes sont en présence : celle de Daniel Rieusset, son père Jean ne se représentait pas, celle de Jean-Louis Bouscarain et celle que je conduisais.

C’est la liste de Daniel Rieusset qui l’emportera au panachage sauf un siège pour notre liste, j’étais donc élu au deuxième tour avec environ 60% des suffrages exprimés. Je me retrouvais ainsi seul dans l’opposition entre 1995 et 2001.

Ce mandat ne fut pas plus calme que le précédent car au combat que je menais en tant qu’élu et citoyen contre le tracé TGV venait s’ajouter le projet de construction de l’usine d’incinération qui donna pas mal de fil à retordre à Daniel Rieusset qui proposa fin 1997 l’installation d’une plateforme de traitements des mâchefers (déchets ultimes de l'incinération) à Valergues.

Comprenant la difficulté pour un maire d'imposer un tel projet il proposa un référendum qu’il devait perdre début 1998, l’engagement citoyen de nombreux valerguois empêcha l’installation de cette plateforme.

L'étrange passation de pouvoir entre Daniel Rieusset et Jean-Louis Bouscarain en 2001

C'est aux élections municipales de 2001 que la surprise est créée. Daniel Rieusset, qui conduit une liste dans laquelle figure Jean-Louis Bouscarain, va offrir son poste de Maire à celui-ci qui sans Daniel Rieusset n'avait aucune chance d'être premier magistrat.

Que s'est-il passé en coulisse à cette époque là? Quelles tractations? Je pense que les électeurs n'en sauront jamais rien. Le secret est bien gardé mais on peut imaginer qu'il y avait eu entente entre les deux afin de permettre à Jean-Louis Bouscarain d'être Maire.

Des raisons professionnelles liées à son entreprise était la seule explication qui fut donnée par Daniel Rieusset le soir où il devait être intronisé maire par les élus de son équipe (pour ma part j'étais seul élu dans l'opposition pour la liste que je représentais) et qu'il abandonnait son poste de Maire à Jean-Louis Bouscarain qui bien sûr acceptait. Un moment fort dans la petite histoire de Valergues, l'événement se déroulant dans l'ancienne salle des fêtes lors d'un conseil municipal public où plus d'une centaine de valerguois assistait médusés à cette étrange passation de pouvoir. Seul un élu de l'équipe à Daniel Rieusset démissionnait sur le champ tous les autres acceptant ce mini putch.

Avant de revenir au mandat de 2001 - 2008, petit retour sur la période précédente.

Comme je l'écrivais dans le précédent article (4) Daniel Rieusset perdait le référendum pour l'implantation d'une plateforme de mâchefers à Valergues. Nous pouvons lui reconnaître le mérite de l'avoir organisé et donc d'avoir fait fonctionner la démocratie locale, ce en quoi bien qu'adversaire je reconnaissais volontiers cet état de fait.

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Le Petit Valerguois succéda à la salle des rencontres qui fut réalisée sous la municipalité de Daniel Rieusset. Le lieu a gardé l'esprit de rencontres entre valerguois et organise de nombreuses festivités et soirées. (Photo archives E.M)

Il est un autre événement qui aura marqué le mandat de Daniel Rieusset, c'est la réalisation de la salle des rencontres place Auguste Renoir. C'est un projet que j'ai dès le début soutenu tant il paraissait indispensable de créer un lieu de rencontre pour les valerguois pour que ce village ne devienne pas un village dortoir.

Certes la vie associative était bien là et très riche, mais il manquait ce lieu où nouveaux, anciens, jeunes et moins jeunes, pouvaient se retrouver et échanger, dialoguer, se connaître... Bref un petit temple de la convivialité.

La salle des rencontres vit le jour en 1998 et vécue de belles années avec à la clé la création d'un ou deux emplois municipaux, puisque cette salle à l'époque était entièrement municipale. On y servait du café mais aussi bière et vins. Un ordinateur avec internet était en libre service pour les valerguois et un conseil d'exploitation ouvert à des membres non élus au conseil municipal organisait des événements et des soirées à thème.

Je dois reconnaître que ce fut la réalisation la plus intelligente de ce mandat.

En 2001, alors que Daniel Rieusset venait de remettre les clés de la Mairie à Jean-Louis Bouscarain dans les circonstances que je vous ai décrites plus haut, le nouveau maire s'attelait à défaire tout ce qui avait été fait précédemment et cette salle des rencontres ne lui convenait guère. Arguant de raisons financières Jean-Louis Bouscarain décide de la céder au privé.

Finalement plus de peur que de mal puisque la salle fut reprise par une famille qui avait à cœur de garder l'idée d'origine de lieu de rencontre convivial pour le village, aujourd'hui le Petit Valerguois est devenu un lieu très prisé de beaucoup de valerguois.

C'est tout de même grâce à cette décision de la municipalité entre 1995 et 2001 que ce lieu existe.

En 2001 le nouveau Maire envisage de vendre l'ancienne mairie pour permettre d'améliorer la trésorerie et donc de projeter une nouvelle mairie.

Là encore Jean-Louis Bouscarain ne suivra pas Daniel Rieusset à qui il doit son poste. Daniel Rieusset avait réservé lors de son mandât des terrains pour une nouvelle mairie à l'emplacement où se trouve aujourd'hui la nouvelle salle polyvalente.

Le Maire, lui, préférait bâtir la nouvelle mairie en lieu et place de l'ancienne salle des fête. Une erreur manifeste d'emplacement et de plus une calamité architecturale...

Pour ma part, élu en 2001 seul dans l'opposition, je devais démissionner trois mois après l'élection victime d'agressions verbales et de menaces de la part de certains élus. C'était intenable. Certains de mes électeurs me l'ont reproché mais qu'ils sachent que je n'ai jamais abandonné le combat que je sois à l'intérieur ou à l'extérieur du conseil municipal et ce depuis que je suis arrivé au village en 1980.

En 2008, Jean-Louis Bouscarain est réélu facilement sur la base d'une campagne basée sur la promesse de logements sociaux pour les jeunes de Valergues. On les attends toujours... Une campagne avec de plus quelques bassesses et coups tordus.

La liste que je conduisais alors était battue mais nous avions la fierté d'avoir mené une campagne digne et citoyenne loin des promesses et du clientélisme de la liste adverse menée par Jean-Louis Bouscarain.

2008 - 2014 Valergues intègre l'agglo du Pays de l'Or et la Ligne Grande Vitesse sera finalement construite...

Dans cette période sans aucune concertation ni information à la population , la municipalité de Jean-Louis Bouscarain quittera la communauté de communes du pays de Lunel et intègrera l'agglomération du Pays de l'Or. Le Maire obtiendra en contrepartie la création d'un centre aéré et de loisir à Valergues et aussi l'extension de la station d'épuration qui double sa capacité ceci afin de pouvoir débloquer des lotissements. De bonnes choses certainement mais pourquoi mettre les habitants devant le fait accompli? 

Dans la foulée, la communauté de communes du Pays de Lunel qui avait racheté le Relais de Valergues plus de 200 000 euros le cédera pour un euro symbolique au Pays de l'Or qui le détruiras totalement illico. Pourtant ce local aurait pu être aménagé dans un but social mais au lieu de cela la communauté de communes du pays de Lunel l'a laissé se délabrer.

Dans cette période aussi la zone économique de Valergues passera de la communauté de communes de Lunel au Pays de l'Or.

C'est aussi la période où le projet de ligne grande vitesse qui semblait enterré ressurgit. Le Maire désigne donc, Philippe Bocquet, un ex employé de la SNCF, au sein de la municipalité comme référent sur ce dossier, bien joué le dossier était désormais en bonnes mains... En fait tout a été étouffé et l'adjoint en question aujourd'hui quasiment aux commandes de la mairie facilita la tâche d'Oc'via qui trouvait ainsi un bon relais en mairie de Valergues.

"Dormez sur vos deux oreilles, ne vous inquiétez pas on s'occupe de tout" telle a semblé être la devise de la municipalité dans cette période sur le sujet épineux de la LGV. On voit le résultat: une partie du territoire massacrée et un minimum de compensations obtenues. Des accès au village modifiés rallongeant les temps de parcours...

Puis arrive la campagne des élections municipales de 2014, je présentais alors une liste "l'avancée citoyenne", celle-ci sera très vite attaquée et dénigrée par les élus sortants mais aussi déstabilisée par la décision d'un de nos coéquipiers de constituer une troisième liste. Au dernier moment dans la campagne j'étais attaqué personnellement de façon anonyme et indigne. L'objectif étant de nous empêcher de constituer la liste. Notre ténacité a contrecarré leurs plans.

Cette division bénéficiera finalement à Jean-Louis Bouscarain qui emportera à nouveau cette élection mais ce coup-ci avec trois élus issus des deux autres liste d'opposition.

Notre liste recueillait près de 18% des suffrages et n'obtenait qu'un seul élu.

Aujourd'hui et depuis 2014 je poursuis sans relâche mon activité d'élu d'opposition en refusant ce qui me semble mauvais pour la commune mais restant constructif quand cela le mérite. J'y viendrais dans le prochain article en abordant la question de la démocratie au sein du conseil municipal et la démocratie locale.

A suivre

 

Écrit par Eloi MARTINEZ Lien permanent | Commentaires (0)

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